« Personne ne porte de couleurs dans les entreprises ! Moi oui, c’est important de bousculer les codes » m’explique Gabriel Antoun pendant notre entretien. Un monsieur souriant et blagueur, en pantalon couleur moutarde, m’accueille dans un bureau spacieux au siège des Grands Moulins de Paris à Ivry.
« J’ai fait une licence de psychologie après un cursus à l’IAE de Bordeaux, mon objectif c’était d’abord de me soigner moi ». Gabriel a grandi au Liban, il est un enfant de la guerre.
Il parle de ses traumatismes avec un détachement impressionnant. Ce travail, il reconnaît l’avoir fait il y a longtemps. C’est par la suite, qu’il est « tombé amoureux des gens ». Il n’a pas peur de parler d’amour. En fait, il n’a pas peur des mots forts de façon générale.
Pour lui, les relations humaines sont au cœur de l’entreprise.
« J’utilise un vocabulaire atypique mais mes résultats sont là ».

Un personnage haut en couleurs, on le constate rapidement. Il fait la bise aux délégués syndicaux, incite ses collaborateurs à faire des blagues, appelle son directeur général à la bienveillance. Gabriel Antoun a fait 7 PSE et fermé 9 moulins. En 5 ans. Un accord majoritaire signé par tous les syndicats , sans grève. Sa recette ? Mettre l’humain au cœur de la discussion.

A la suite d’un plan social, il lui « importe de donner aux personnes tout ce dont elles ont besoin pour vivre : si elles sont jeunes, de la formation – même si cela doit coûter 10 000 euros- et si les personnes sont âgées – certaines avaient donné 25 ans à la boîte – de l’argent pour partir dignement. ». Lorsqu’il affronte des impératifs économiques, Gabriel Antoun parle de placer le « bonheur de ses interlocuteurs » dans la balance des objectifs.
« C’est le meilleur moyen d’avoir une discussion ».
7 PSE plus tard, la « technique Antoun » a fait ses preuves.

On parle ici d’intelligence émotionnelle. Soit la capacité à percevoir les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à les comprendre et à les maîtriser afin de favoriser l’épanouissement personnel (définition officielle des experts universitaires Peter Salovey et John Meyer).

Pour le DRH des Grands Moulins de Paris, il faut considérer les émotions des autres et les identifier pour mieux décider, plus rationnellement. Il lui arrive de licencier des amis en leur expliquant qu’il leur veut du bien : « si nous étions un couple, c’est comme si le salarié insistait pour rester dans le domicile conjugal en dormant sur le canapé alors que je lui offre un nouvel appartement ». Faire preuve d’empathie, se préoccuper du sort de ses anciens collaborateurs, leur montrer que l’indifférence n’est pas invitée à la table des négociations.

C’est fort de cette conviction que le directeur a demandé à tous ses collaborateurs de passer le test d’intelligence émotionnelle le plus reconnu scientifiquement : l’EQ-i.
L’EQ-i est un outil de diagnostic du quotient émotionnel. Il permet aux personnes de connaître leur profil émotionnel et les pistes sur lesquelles ils peuvent se développer.
« Je me suis formé à de nombreux outils mais avec l’EQ-i, mes collaborateurs ont eu envie de me montrer leurs résultats, de me parler de leurs axes de développement. »

Pour Gabriel Antoun, l’intelligence émotionnelle est la compétence clé pour le développement des personnes, du travail en équipe et des performances de l’entreprise.

ZM